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jeudi 5 février 2015

Séance 11 : Pour aller plus loin : La ville en littérature :

Séance 11 : Pour aller plus loin : La ville en littérature :
Objectifs : Découvrir des textes de Zola – Étudier la ville en littérature
Supports : Le ventre de Paris, Emile Zola, 1873
L’Assommoir, Emile Zola, 1877

Texte n° 1: Le ventre de Paris, Emile Zola, 1873

Et, dans les grandes tournées, lorsque tous trois, Claude, Cadine et Marjolin, rôdaient autour des Halles, ils apercevaient, par chaque bout de rue, un coin du géant de fonte. C’étaient des échappées brusques, des architectures imprévues, le même horizon s’offrant sans cesse sous des aspects divers. Claude se retournait, surtout rue Montmartre, après avoir passé l’église. Au loin, les Halles, vues de biais, l’enthousiasmaient : une grande arcade, une porte haute, béante, s’ouvrait ; puis les pavillons s’entassaient, avec leurs deux étages de toits, leurs persiennes continues, leurs stores immenses ; on eût dit des profils de maisons et de palais superposés, une Babylone de métal, d’une légèreté hindoue, traversée par des terrasses suspendues, des couloirs aériens, des ponts volants jetés sur le vide. Ils revenaient toujours là, à cette ville autour de laquelle ils flânaient, sans pouvoir la quitter de plus de cent pas. Ils rentraient dans les après-midi tièdes des Halles. En haut, les persiennes sont fermées, les stores baissés. Sous les rues couvertes, l’air s’endort, d’un gris de cendre coupé de barres jaunes par les taches de soleil qui tombent des longs vitrails. Des murmures adoucis sortent des marchés ; les pas des rares passants affairés sonnent sur les trottoirs ; tandis que des porteurs, avec leur médaille, sont assis à la file sur les rebords de pierre, aux coins des pavillons, ôtant leurs gros souliers, soignant leurs pieds endoloris. C’est une paix de colosse au repos, dans laquelle monte parfois un chant de coq, du fond de la cave aux volailles. Souvent ils allaient alors voir charger les paniers vides sur les camions, qui, chaque après-midi, viennent les reprendre, pour les retourner aux expéditeurs. Les paniers étiquetés de lettres et de chiffres noirs faisaient des montagnes, devant les magasins de commission de la rue Berger. Pile par pile, symétriquement, des hommes les rangeaient. Mais quand le tas, sur le camion, atteignait la hauteur d’un premier étage, il fallait que l’homme, resté en bas, balançant la pile de paniers, prît un élan pour la jeter à son camarade, perché en haut, les bras en avant. Claude, qui aimait la force et l’adresse, restait des heures à suivre le vol de ces masses d’osier, riant lorsqu’un élan trop vigoureux les enlevait, les lançait par-dessus le tas, au milieu de la chaussée. Il adorait aussi le trottoir de la rue Rambuteau et celui de la rue du Pont-Neuf, au coin du pavillon des fruits, à l’endroit où se tiennent les marchandes au petit tas. Les légumes en plein air le ravissaient, sur les tables recouvertes de chiffons noirs mouillés. A quatre heures, le soleil allumait tout ce coin de verdure. Il suivait les allées, curieux des têtes colorées des marchandes ; les jeunes, les cheveux retenus dans un filet, déjà brûlées par leur vie rude ; les vieilles, cassées, ratatinées, la face rouge, sous le foulard jaune de leur marmotte. Cadine et Marjolin refusaient de le suivre, en reconnaissant de loin la mère Chantemesse qui leur montrait le poing, furieuse de les voir polissonner ensemble. Il les rejoignait sur l’autre trottoir. Là, à travers la rue, il trouvait un superbe sujet de tableau : les marchandes au petit tas sous leurs grands parasols déteints, les rouges, les bleus, les violets, attachés à des bâtons, bossuant le marché, mettant leurs rondeurs vigoureuses dans l’incendie du couchant qui se mourait sur les carottes et les navets. Une marchande, une vieille guenipe
(1)de cent ans, abritait trois salades maigres sous une ombrelle de soie rose, crevée et lamentable.
Emile ZOLA,
Le ventre de Paris, 1873
1- Guenipe : femme de mauvaise vie

Questions :
1 – Quel lieu précis est décrit dans cet extrait ? Que savez-vous de cet endroit ?














2 – Relevez tous les termes qui décrivent le bâtiment évoqué. Quelles impressions se dégagent de ce lieu ?














3 – Que se passe-t-il dans ce bâtiment ? justifiez votre réponse par des repérages précis du texte.










4 – La fin du texte évoque « les marchandes aux petits tas », qu’est-ce que Zola suggère de leur condition de vie à travers la description qu’il en fait ?














Grammaire :
1 - « C’est une paix de colosse au repos, dans laquelle monte parfois un chant de coq, au fond de la cave aux volailles » Pourquoi avons-nous l’utilisation du présent de l’indicatif dans cette phrase ?
















2 - « Cadine et Marjolin refusaient de le suivre, en reconnaissant de loin la mère Chantemes se qui leur montrait le poing, furieuse de les voir polissonner ensemble. Il les rejoignait sur l’autre trottoir. Là, à travers la rue, il trouvait un superbe sujet de tableau...» Retranscrivez ce passage en discours direct.














Nature et fonction de le (en gras dans l’extrait) :
Exercice d’écriture :
Décrivez un bâtiment dont l’architecture vous a surpris. Exprimez vos impressions.











































Texte n°2 : L’Assommoir, Emile Zola, 1877


Gervaise, blanchisseuse dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, attend au petit matin son amant Auguste Lantier qui, pour la première fois, n’est pas rentré de la nuit. Elle le guette depuis sa fenêtre.


L’hôtel se trouvait sur le boulevard de la Chapelle, à gauche de la barrière Poissonnière. C’était une masure de deux étages, peinte en rouge lie de vin jusqu’au second, avec des persiennes pourries par la pluie. Au-dessus d’une lanterne aux vitres étoilées, on parvenait à lire entre les deux fenêtres :
"Hôtel Boncœur, tenu par Marsoullier"
en grandes lettres jaunes, dont la moisissure du plâtre avait emporté des morceaux.Gervaise, que la lanterne gênait, se haussait, son mouchoir sur les lèvres. Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants ; et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées. Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d’avenue, s’arrêtant presque en face d’elle, à la masse blanche de l’hôpital de Lariboisière, alors en construction. Lentement, d’un bout à l’autre de l’horizon, elle suivait le mur de l’octroi(1), derrière lequel, la nuit, elle entendait parfois des cris d’assassinés ; et elle fouillait les angles écartés, les coins sombres, noirs d’humidité et d’ordure, avec la peur d’y découvrir le corps de Lantier, le ventre troué de coups de couteau. Quand elle levait les yeux, au-delà de cette muraille grise et interminable qui entourait la ville d’une bande de désert, elle apercevait une grande lueur, une poussière de soleil, pleine déjà du grondement matinal de Paris. Mais c’était toujours à la barrière Poissonnière qu’elle revenait, le coutendu, s’étourdissant à voir couler, entre les deuxpavillons trapus de l’octroi, le flot ininterrompu d’hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des hauteurs de Montmartre et de la Chapelle. Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d’ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; et la cohue s’engouffrait dans Paris où elle se noyait, continuellement. Lorsque Gervaise, parmi tout ce monde, croyait reconnaître Lantier, elle se penchait davantage, au risque de tomber ; puis, elle appuyait plus fortement son mouchoir sur la bouche,comme pour renfoncer sa douleur.
Zola,
L’Assommoir,1877
1
Octroi : administration et bâtiment où se payait l
a taxe d’entrée de certaines denréesT




Questions :


1 – Relevez les noms de lieux cités dans l’extrait. Dans quelle ville se situe cette scène ? Pourquoi l’auteur est-il aussi précis ?










2 – Quelles images du quartier se dégagent de cette description ? Justifiez votre réponse en surlignant dans le texte.










3 – Que pouvez-vous dire de Paris à travers les descriptions de ces deux extraits ?











Réécriture : Réécrivez ce passage en remplaçant Gervaise par "vous" : Gervaise, que la lanterne gênait, se haussait, son mouchoir sur les lèvres. Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants ; et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées. Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d’avenue, s’arrêtant presque en face d’elle, à la masse blanche de l’hôpital de Lariboisière, alors en construction.




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